Le risque de récession mondiale et de nouvelle crise bancaire est assez important. C’est ce que révèle l’étude « Banking Banana Skins » menée par le CSFI (Centre for the Study of Financial Innovation) en collaboration avec PwC. Le sondage place les risques macro-économiques en tête de liste des 30 menaces majeures auxquelles est confronté le secteur bancaire. Les résultats de l’étude reposent sur les réponses de 700 banquiers, régulateurs bancaires et observateurs de 58 pays, dont la Belgique.
L’étude révèle également que la peur des mauvaises perspectives qui règne actuellement dans le secteur bancaire n’a jamais été aussi marquée dans ce sondage qui existe pourtant depuis treize ans. De très nombreux participants à l’étude s’attendent par conséquent à davantage de faillites et de nationalisations dans le secteur bancaire. La principale source d’inquiétude est la crise de l’euro, qui forme une menace sérieuse pour la position de la dette nationale des différents pays. Un écroulement de l’euro aurait d’importantes répercussions pour les banques européennes, mais pourrait également toucher les banques d’autres régions du monde. Des USA et du Canada jusqu’en Argentine, en Chine et en Australie, les banquiers placent la crise de l’euro en tête de leurs préoccupations.
Un crash éventuel provoquerait tout d’abord d’énormes pertes de crédit, la deuxième menace la plus importante épinglée dans le classement « Banana Skins ». Cette perte de crédit entraînerait à son tour un manque de capitaux disponibles et un accès insuffisant aux liquidités nécessaires, occupant respectivement les 3e et 4e positions du classement mondial.
L’intervention politique, qui était la première menace relevée par le dernier classement en 2010, a été reléguée cette année en 5e position, immédiatement suivie par la surréglementation dans le secteur bancaire. Bien que les initiatives réglementaires soient destinées à trouver une solution à la crise bancaire, elles impliquent aussi des coûts et une charge de travail supplémentaires, si bien que les banques éprouvent plus de difficultés à octroyer un crédit à l’économie maladive.
Cependant, les facteurs externes ne sont pas les seuls à susciter l’inquiétude. Les banques sont par exemple très préoccupées par leurs propres possibilités et capacités à sortir indemnes de la crise. Les faiblesses en termes de gouvernance (9e position) et de gestion des risques (10e position) font toutes deux partie du top 10. Cette même inquiétude se reflète également dans une forte hausse du facteur de risque « poursuite de l’activité » (qui passe de la 21e position en 2010 à la 12e position cette année). De très nombreux acteurs sont réellement préoccupés par les chances de survie du système bancaire en cas de faillite éventuelle d’une institution financière importante.
En Belgique, le top 5 est légèrement différent. Dans notre pays, les éventuels problèmes de liquidité constituent la menace majeure, suivis de près par les risques macro-économiques et un éventuel manque de capitaux disponibles. Les pratiques de vente et le risque de crédit viennent compléter ce top 5.
« L’image esquissée par cette étude est loin d’être rose », souligne David Lascelles, rédacteur de l’enquête. « Elle montre surtout un système très fragile, confronté à plusieurs menaces et insécurités sérieuses. »
Robert van der Eijk, Partner chez PwC Belgique, voit lui aussi un secteur lourdement accablé par la menace de la crise incessante de l’euro : « Il est évident que les banques se font beaucoup de soucis quant au tumulte persistant qui secoue la zone euro, la position de la dette nationale des différents pays et l’insécurité continue suite aux changements incessants dans la réglementation. Dans ce contexte, de nombreux organismes financiers devront faire face à des problèmes pour pouvoir générer un retour suffisant. Cela provoquera peut-être une modification du business model. La pression soutenue pour les économies de coûts conduira indubitablement à un changement dans le secteur. »
Le rapport «Banana Skins» révèle également pour la première fois que les perspectives sont légèrement meilleures dans les économies émergentes que dans le reste du monde. Les participants d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et d’Extrême-Orient se montrent beaucoup plus positifs quant à l’avenir que leurs collègues d’Amérique du Nord ou d’Europe. Les meilleures perspectives de croissance dans ces marchés de croissance spécifiques en est le motif principal. Pourtant, dans ces régions, les banques se sentent aussi extrêmement vulnérables en ce qui concerne les éventuelles conséquences d’une crise bancaire mondiale. L’incertitude grandissante relative aux perspectives de croissance en Chine se doit d’ailleurs d’être épinglée. Ce pays est en effet confronté à une économie en recul et une pression croissante sur ses institutions financières.
(classement 2010 entre parenthèses)
Les études « Banana Skins » du CSFI offrent des vues d’ensemble périodiques sur les risques dans le secteur des services financiers. Outre la série d’études sur le monde bancaire, le CSFI mène également une étude sur les risques dans le secteur des assurances et du micro-financement. L’enquête a été menée en novembre et décembre 2011 auprès de 700 banquiers, régulateurs bancaires et observateurs du secteur financier de 58 pays.
Créé en 1993 et basé à Londres, le CSFI (Centre for the Study of Financial Innovation) est une cellule de réflexion indépendante sans but lucratif, qui mène des études sur l’avenir des services financiers. Le CSFI possède un département à New York, le New York CSFI. Depuis 1995, le CSFI édite régulièrement les études « Banana Skins ». Pour de plus amples informations : www.csfi.org.uk