Une fracture transatlantique s’ouvre pour les activités de fusion et d'acquisition dans le secteur de l’electricite et du gaz.

Selon l’étude annuelle Power Deals 2006 publiée par PwC et portant sur les fusions et acquisitions ayant eu lieu dans le secteur de l’électricité et du gaz, les valeurs des transactions enregistrées l’an dernier ont pulvérisé tous les records. La valeur totale des transactions a largement dépassé le niveau record de 196 milliards $ établi en 2005, pour atteindre 298,8 milliards $ en 2006. Ce chiffre correspond à sept fois le niveau des 43 milliards $ de transactions enregistré dans le secteur en 2003, il y a juste trois ans.

Cette augmentation est d’autant plus remarquable qu’elle se produit une année où les activités de fusions et d’acquisitions de la part des intervenants américains du secteur de l’énergie se sont effondrées. Remarquons toutefois que ce n’est qu’en 2004 que le niveau de ces activités en Amérique du Nord a surpassé le niveau Européen. Au cours des douze derniers mois, un gouffre de 136,1 milliards $ s’est creusé entre l’Europe et l’Amérique du Nord, les acteurs européens acquérant pour 190,6 milliards $ de sociétés cibles, contre seulement 54,5 milliards $ pour leurs homologues nord-américains.

La chute marquée enregistrée en Amérique du Nord a correspondu à l’entrée en vigueur de fortes mesures régulatrices de la part de certains organismes de contrôle publics et ce, dans le contexte d’une année électorale coïncidant avec la fin du gel de certains tarifs et les premières réactions à l’abrogation du Public Utilities Holding Company Act . Les valeurs des transactions nord-américaines dans le secteur de l’électricité ont chuté de 64% pour s’établir à 20,7 milliards $, légèrement au-dessus du niveau de 2003 (16,7 milliards $).

Face à la dégringolade du marché américain, les marchés de la zone européenne et de la zone d’Asie-Pacifique ont grimpé en flèche. Les fusions et acquisitions dans le secteur européen de l’énergie ont continué de battre tous les records en 2006. Le nombre d’acquéreurs européens a augmenté de 25% comparé à l’année passée, elle-même une année record, et la valeur totale des sociétés cibles européennes dans le secteur de l’énergie s’est accrue de 56 %. Dans la zone d’Asie-Pacifique, le nombre de transactions dans le secteur de l’électricité a augmenté de 26 % alors que le total des acquisitions de fournisseurs d’électricité dans cette région a crû de 141 % pour atteindre 34,2 milliards $.

Selon Manfred Wiegand, Global Utilities Leader chez PwC :

« Nous observons des niveaux de transaction record mais, plus que jamais, ce sont les organismes de contrôle et les politiciens qui tiennent la clé du succès ou de l’échec des transactions dans le secteur des entreprises d’utilité publique. La baisse d’activité M&A aux Etats-Unis survient alors que les entreprises du secteur énergétique temporisent dans la foulée des nouvelles tendances données par les autorités publiques de contrôle de deux Etats et de l’annulation de deux transactions majeures. En Europe, la course menée par les fournisseurs d’énergie pour atteindre des échelles suprarégionales avant la libéralisation du marché de détail s’est intensifiée. La campagne menée par la Commission européenne pour diluer la concentration supposée des marchés ne pourra mettre fin à cette course mais l’orientera plutôt dans une nouvelle direction puisque les règles du jeu changent. »

L’année 2006 a vu le marché des fusions et acquisitions dépasser les « méga-deals » pour entrer dans l’ère des « giga-deals ». Dans le passé, seules deux offres avaient dépassé le chiffre de 20 milliards $, l’une en 2004, l’autre en 2005. L’année 2006 en a connu quatre à elle seule. Deux d’entre elles, l’offensive d’E.ON sur Endesa et la tentative de fusion de Suez - Gaz de France, ont ouvert l’ère des « giga-deals », avec des valeurs totales respectives de 66 milliards $ et de 43 milliards $.

Perspectives futures

Toujours selon Philippe Rasquin, Director, Assurance Transaction & Valuation Services, PwC Belgium:
«Il y a encore une marge considérable pour une consolidation dans la plupart des grands marchés du monde, ceux-ci étant encore loin d’avoir atteint le stade de consolidation avancée que l’on observe en Europe. Et même si la course au statut « suprarégional » touche à sa fin en Europe, certaines grosses opérations peuvent encore être réalisées, les fournisseurs « suprarégionaux » jouant des coudes pour asseoir leur position. En outre, les recommandations récentes de la Commission européenne sur la dissociation des activités ( unbundling ) et les préoccupations en matière de liquidité du marché pourraient ouvrir de nouvelles possibilités de transaction. Les entreprises devront examiner leurs options stratégiques pour déterminer la combinaison qu’ils considèrent la plus appropriée en termes de ventes d’actifs, de ventes aux enchères de capacités physiques et virtuelles et d’échanges d’actifs et de contrats (swaps). »

Power Deals 2006 met également l’accent sur les principaux marchés régionaux :

Amérique du Nord – Les valeurs des acquisitions réalisées en Amérique du Nord ont progressé de 15 % par rapport au niveau de 2005, préservant à première vue la dynamique entamée en 2004. Mais cette croissance apparente fut uniquement soutenue par deux offres importantes dans lesquelles sont intervenus des acteurs externes au cercle des fournisseurs d’énergie américains, à savoir le rachat de Kinder Morgan par sa direction dans le contexte d’un management buy-out financé par un groupe de sociétés d’investissement et le rachat de KeySpan par National Grid, le transporteur d’énergie britannique. De leurs côtés, les fournisseurs d’énergie américains se sont abstenus de soumettre des offres importantes. Sans les deux transactions de Kinder Morgan et KeySpan, la valeur totale des sociétés acquises sur le continent nord-américain serait de 40 % inférieure aux niveaux de 2005.

John McConomy, US Power and Utilities Transaction Services Leader chez PwC remarque :
« Beaucoup de personnes ont pensé que l’abrogation du Public Utility Holding Company Act serait le signal d’une augmentation des fusions et acquisitions mais en son absence, certaines autorités publiques au niveau des Etats sont intervenues et ont imposé des conditions nouvelles plus restrictives sur certaines transactions. Ainsi, les actions menées par Maryland PSC (MPSC) et la New Jersey Board of Public Utilities (NJBPU) ont joué un rôle important dans la décision de retirer de la table les propositions de fusion d’Exelon avec PSEG, et de FPL avec Constellation, en 2006. Mais on ne peut pas tout avoir. Les prévisions de croissance des bénéfices par action dépassent largement ce que les entreprises du secteur peuvent réaliser sur leurs territoires à partir d’une croissance organique. Le secteur de l’énergie reste très fragmenté aux Etats-Unis avec un énorme potentiel de consolidation. »

Europe – L’Europe fut le point de mire indéniable des transactions dans le secteur de l’énergie en 2006. Environ deux tiers de la valeur totale des offres (64 %) provenaient de sociétés européennes tandis que les cibles de cette même région ont représenté 58 % de la valeur totale des acquisitions. Le centre de gravité des activités de fusions et acquisitions a donc manifestement traversé l’Atlantique, des Etats-Unis vers l’Europe. Même si on ne tient pas compte des offres successives sur Endesa, par Gas Natural en 2005 et par E.ON en 2006, la valeur totale des acquisitions en Europe a augmenté de 31 % d’une année à l’autre.

Denis Pettiaux, Director, Advisory Business Optimisation & Structuring chez PwC Belgium, affirme :
« La pression exercée pour occuper une position de tête avant la libéralisation du marché de détail s’est combinée à la pression pour diversifier et garantir l’approvisionnement en combustibles, à une époque où les ressources énergétiques se font rares et les préoccupations environnementales plus vives. Bien entendu, la prochaine grande bataille se livrera sur le front réglementaire où se joue le bras de fer entre la Commission européenne qui pousse à la dissociation des activités et les gouvernements nationaux qui soutiennent leurs champions nationaux. Pas moins de huit gouvernements européens conservent encore un certain pouvoir pour approuver, rejeter ou amender les décisions des régulateurs dans le secteur de l’électricité. Si les obstacles politiques peuvent être aplanis, les recommandations de la Commission offriront aux fournisseurs d’énergie de nouveaux moyens de restructurer et d’étendre leur position à l’échelle européenne. »

Asie-Pacifique – La valeur totale des transactions dans la zone Asie-Pacifique a atteint 43,6 milliards $ en 2006, contre 17,2 milliards $ en 2005 et 6,2 milliards $ en 2003. Si le nombre de transactions dans le secteur de l’électricité a augmenté de 26 %, la valeur totale des acquisitions pour la zone d’Asie-Pacifique y a explosé, progressant de 140 % pour atteindre à 34,2 milliards $. Le nombre de transactions dans le secteur du gaz est resté pratiquement inchangé. La valeur totale des transactions dans ce secteur a néanmoins fait un bond considérable – passant de 3 milliards $ en 2005 à 9,3 milliards $ en 2006. L’appétit variable et limité qu’a connu la région pour les transactions se reflète dans le fait qu’une grande partie de l’activité M&A s’est concentrée en Australie. A lui seul, ce pays a représenté 43 % de toutes les transactions du secteur de l’énergie dans la zone d’Asie-Pacifique en 2006. Notons cependant que la seconde transaction, en termes de valeur dans la région, a porté sur une acquisition 100 % malaise, celle de Malakoff par MMC pour un montant de 4,7 milliards $.

Derek Kidley, Australasia Energy and Utilities Leader chez PwC, nous livre à son tour ses commentaires :
« La concurrence pour acquérir des actifs dans le secteur de l’énergie est renforcée par l’activité des fonds et des institutions financières. Il en résulte une compétition intense et des prix élevés. Les fonds d’infrastructure basés en Australie ont continué à donner le ton au niveau mondial, avec l’acquisition d’actifs dans le monde entier par des organismes tels que Macquarie et Babcock & Brown. L’activité M&A au sein du secteur énergétique de la zone d’Asie-Pacifique semble devoir continuer à un rythme soutenu. Avec l’ouverture progressive de nouveaux marchés asiatiques, il est plus que probable qu’un flux continu de nouveaux actifs va apparaître sur le marché. De même, en raison des valeurs élevées des transactions et de la concurrence acharnée pour acquérir des actifs dans le secteur, il reste probable que les intervenants étrangers à la région, qui ont investi dans le passé, profitent de l’occasion pour vendre. »


Notes à l’attention de la rédaction :

1. Les transactions transfrontalières sont définies comme des acquisitions couvrant plusieurs territoires, avec des acquisitions nationales référencées comme étant réalisées sur les marchés intérieurs.

2. Méthodologie : Power Deals se fonde sur les transactions publiées dans la banque de données Dealogic 'M&A Global' datant de décembre 2006. Cette analyse englobe les transactions annoncées, y compris celles en cours de finalisation pour des raisons juridiques et financières et celles qui sont finalisées. Toutes les valeurs et transactions mentionnées comprennent les dettes supposées. De plus amples informations ainsi qu’une liste complète des transactions sont disponibles sur le site www.pwc.com/energy

3. Le Groupe Global Energy and Utilities ( www.pwc.com/energy ) est le leader dans le domaine des services professionnels sur le marché mondial de l’énergie, des services d’utilité publique et de l’activité d’extraction. Il offre des services de consultance à ses clients grâce à son réseau mondial de spécialistes en la matière. Notre équipe d’experts peut aider à évaluer les implications pratiques de la politique européenne de l’Energie et de la Concurrence sur votre entreprise et à identifier les opportunités en termes de stratégie, de réglementation et de mise en œuvre.

4. PwC ( www.pwc.com ) fournit des services de certification de comptes, de fiscalité et de consultance afin d’instaurer la confiance du public et d’apporter la valeur ajoutée que ses clients et ses actionnaires sont en droit d’attendre. Plus de 140 000 personnes réparties dans 149 pays échangent leurs compétences, leur expérience et recommandations pour présenter une perspective nouvelle et donner des conseils pratiques.
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